Cédrix Crespel : Entre Deux Cœurs, une peinture de l’intime

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La galerie Rabouan Moussion accueille du 7 mars au 16 avril 2026 une nouvelle exposition de Cédrix Crespel, artiste né à Batz-sur-Mer en 1974, aujourd’hui installé à Guérande. Intitulée Entre Deux Cœurs, cette série de peintures récentes constitue sans doute l’une de ses explorations les plus personnelles et les plus abouties.

Une peinture qui habite le trouble

Loin de toute frontalité spectaculaire, les toiles de Crespel s’installent dans une zone intermédiaire difficile à nommer : ni abstraction pure, ni figuration illustrative. Ce qui frappe d’emblée, c’est cette tension permanente entre ce qui se montre et ce qui se dérobe, entre un détail saisi avec précision et un ensemble qui résiste à la lisibilité. Le jeu entre le net et le flou n’est pas une affectation stylistique — c’est le cœur même du propos. La toile devient un territoire instable, traversé de glissements, où la lumière effleure les formes sans jamais les figer.

L’amour comme matière première

Ce qui distingue profondément cette série, c’est son origine. Les tableaux naissent d’un flux d’images échangé au quotidien entre l’artiste et son épouse — une correspondance visuelle intime, continue, qui n’était pas destinée à être montrée. C’est précisément ce déplacement, du privé vers l’espace de la peinture, qui donne à l’œuvre sa charge particulière. Crespel ne reproduit pas ces images sources : il en distille la tension affective, parfois même l’absence. Ce n’est ni la posture du peintre face à son modèle, ni celle du voyeur — c’est un espace de confiance mutuelle, fragile, où chacun accepte de se rendre vulnérable.

La dimension temporelle joue un rôle essentiel dans ce processus. Les images s’inscrivent dans la durée, dans la répétition de gestes, de corps, de présences. La peinture opère alors comme une décantation lente de ce vécu partagé.

Une filiation assumée, jamais citée

Le travail de Crespel résonne avec de grandes figures de l’histoire de l’art ayant interrogé l’intimité des corps — du clair-obscur du Caravage à la perfection trouble d’Ingres, de l’inconfort moral de Balthus à la violence convulsive de Bacon. Mais cette filiation n’est jamais une citation. Elle agit en soubassement, comme un terrain de résonances silencieuses. L’intime chez Crespel n’est ni idéalisé, ni brutalement exposé. Il est un matériau vivant, en permanente recomposition.

Le spectateur comme dépositaire

Face à ces œuvres, le visiteur se retrouve dans une position délicate et singulière : ni voyeur, ni simple témoin, il devient dépositaire d’une intimité qui ne lui appartient pas, mais qui lui est néanmoins confiée. L’accrochage, la répétition des motifs, la retenue des compositions construisent un dispositif presque moral, qui invite le regard à se responsabiliser, à mesurer sa propre place dans ce qui lui est offert.

Un artiste à la trajectoire internationale

Après des expositions personnelles à Marrakech, Zurich, Bruxelles, Hong Kong et Los Angeles, Cédrix Crespel confirme avec Entre Deux Cœurs une position singulière dans la peinture contemporaine française. L’exposition, dont le vernissage se tient le samedi 7 mars 2026, est à voir jusqu’au 16 avril à la galerie Rabouan Moussion, 11 rue Pastourelle, Paris 3e.


Galerie Rabouan Moussion — www.rabouanmoussion.com — @rabouanmoussion