Marion Fayolle : ses rêveries graphiques exposées au Château d'Aubenas Marion Fayolle : ses rêveries graphiques exposées au Château d'Aubenas

Marion Fayolle déplie ses rêveries graphiques au Château d’Aubenas

Marion FayolleChâteau d’Aubenas Entre dessin de presse et fable intime, l’autrice ardéchoise investit le Château d’Aubenas et interroge la place de l’illustration dans les institutions d’art contemporain.
Lightfoot : le scooter cargo solaire pour vos trajets du quotidien
Lightfoot : le scooter cargo solaire pour vos trajets

Moments clés

Une exposition monographique inédite

Du 17 octobre 2026 au 7 mars 2027, le Château d'Aubenas consacre une exposition intitulée Des corps à Marion Fayolle, réunissant planches, carnets, textiles et installations.

Des dispositifs scénographiques immersifs

Les commissaires ont imaginé des installations comme une jupe suspendue ou un paravent percé pour réintroduire le geste et l'intimité propres au livre.

Le glissement du décor vers le corps

Le titre Des corps révèle comment l'œuvre de Fayolle fait fusionner les personnages avec le paysage ardéchois qui l'a vue naître.

Les carnets, révélateurs d'une méthode

L'exposition s'ouvre sur les carnets de travail, dévoilant un dessin quasi automatique utilisé par l'artiste comme outil de survie émotionnelle.

Depuis le 17 octobre 2026 et jusqu’au 7 mars 2027, Le Château – Centre d’Art Contemporain et du Patrimoine d’Aubenas, place de l’Hôtel de ville, à Aubenas (07200), consacre une exposition monographique à Marion Fayolle, née en 1988, dessinatrice et autrice dont l’œuvre circule depuis quinze ans entre bande dessinée, livre illustré, poésie et roman. Intitulée Des corps, conçue par les commissaires Mathilde Compagnon et Clémentine Planche, la proposition réunit planches, carnets de travail, livres, textiles peints, installations et dessins animés. Elle se déploie dans un monument historique transformé en centre d’art depuis 2024, surplombant la vallée de l’Ardèche — un édifice dont les volumes irréguliers, les embrasures et les escaliers imposent au parcours une respiration très éloignée de la neutralité des salles blanches.

Comment accroche-t-on une œuvre faite pour être tenue entre les mains ?

Extrait et illustrations du livre «Les Amours suspendues» de Marion Fayolle
Extrait et illustrations tirés du livre « Les Amours suspendues » de Marion Fayolle, paru en 2017 aux éditions Magnani © Blandine Soulage

Clés de lecture

Quelle exposition le Château d'Aubenas consacre-t-il à Marion Fayolle ?

Une exposition monographique intitulée Des corps, du 17 octobre 2026 au 7 mars 2027.

Comment l'exposition adapte-t-elle une œuvre pensée pour le livre à l'espace muséal ?

Par des dispositifs immersifs comme une jupe suspendue ou un paravent percé.

Quel est le lien entre l'œuvre de Marion Fayolle et le paysage ardéchois ?

Les corps et le décor se confondent, reflétant son ancrage territorial et son roman Du même bois.

Pourquoi les carnets de travail sont-ils montrés en premier dans le parcours ?

Pour révéler la méthode du dessin automatique comme outil de survie émotionnelle.

C’est la question que pose en creux cette exposition, et c’est là qu’elle devient intéressante au-delà du plaisir immédiat qu’elle procure. Le travail de Marion Fayolle a sa forme native : la page, le pli, le feuilletage, la séquence. Le mur, lui, aplatit tout, donne à voir d’un coup ce qui était conçu pour se découvrir au rythme d’un poignet. Les commissaires ont visiblement refusé la solution paresseuse — encadrer des originaux et laisser le public reconstituer mentalement les livres. Elles ont préféré fabriquer des dispositifs qui réintroduisent la durée, le seuil, le geste. Une installation suspendue au plafond abrite ainsi un ensemble de dessins érotiques explicites : il faut entrer sous une jupe de velours rouge pour les voir, et de l’extérieur on n’aperçoit plus que les jambes de ceux qui regardent. Le dispositif transforme le visiteur en figure dessinée, exactement comme les personnages de l’artiste disparaissent dans les corps qu’ils traversent. Ailleurs, un paravent percé invite à glisser sa tête dans l’image, et des dessins animés — réalisés pour l’exposition Tenir tête au Centre Pompidou en 2024 — rendent au trait son mouvement. En fin de parcours, une cabane recouverte de dessins propose une lecture assise, qui replace les livres au centre : Petit fruit, Les Aimants, Les Coquins, Postillons, Les Amours suspendues, paru en 2017 chez magnani.

Chez elle, l'intimité n'est jamais exhibée, elle est logée dans une forme, un meuble, un arbre, un vêtement

On pourrait objecter que ces dispositifs flirtent avec l’esprit de parcours familial, et que l’astuce scénographique risque parfois de dédramatiser des images qui n’ont pas besoin de l’être — les dessins sexuels de Marion Fayolle sont d’une crudité tranquille qui se passerait volontiers de rideau. Mais le pari tient, parce que le cache fait partie du sujet : chez elle, l’intimité n’est jamais exhibée, elle est logée dans une forme, un meuble, un arbre, un vêtement.

Vue de l’exposition «Marion Fayolle. Des corps»
Une autre vue de l'exposition « Marion Fayolle. Des corps », programmée pour la saison 2026-2027 © Blandine Soulage

Un vocabulaire des corps qui absorbe le paysage ardéchois

Le titre de l’exposition joue d’un glissement limpide : ce qui s’appelait décor devient des corps. C’est précisément le mécanisme de l’œuvre. Une femme ouvre un homme comme une armoire et y découvre un paysage ; une autre, changée en lierre, enlace son partenaire de bras végétaux ; des auto-tamponneuses à visages s’embrassent pendant que leurs conducteurs se défient. Le motif de la tête perdue, par amour ou par lassitude, revient comme une basse continue. Cette porosité entre l’humain et son environnement prend une résonance particulière ici : l’artiste est de ce territoire, qu’elle a fait entrer en littérature avec son premier roman, Du même bois, publié en 2024. Les textiles exposés — une blouse devenue paysage, des draps imitant un sol de pierres — avaient d’ailleurs servi de décor à une lecture théâtrale donnée à la Maison de la Poésie, à Paris, en 2024, lors de la sortie du livre. Voir ces pièces dans un bâtiment de pierre, au-dessus d’une rivière, revient à boucler la boucle : le dessin était sorti du paysage, il y retourne.

Livres «Petit fruit», «Les aimants», «Les coquins» et «Postillons» de Marion Fayolle
Les livres « Petit fruit », « Les aimants », « Les coquins » et « Postillons » de Marion Fayolle, publiés chez Gallimard, Le Tripode et Magnani © Blandine Soulage

Les carnets comme aveu de méthode

Le choix le plus généreux de l’accrochage se situe au tout début : les carnets, ces volumes que l’artiste sélectionne selon la contenance de son sac, sont montrés avant les œuvres achevées. Rien de décoratif là-dedans, plutôt une déclaration de méthode. Marion Fayolle décrit un dessin quasi automatique, qui lui permet de tenir ensemble des émotions contradictoires et de réunifier un réel vécu en morceaux ; elle parle d’ouvrir un « calque poétique » pour traverser les moments difficiles tout en étant ailleurs. Cette double pensée, un monde concret et un monde transparent superposés, explique la force des mises en scène surréalistes : elles ne relèvent pas de la trouvaille graphique mais d’un besoin de survie ordinaire. Exposer les carnets d’abord, c’est accepter de montrer la mécanique avant le tour de magie — et faire confiance au public pour que la magie opère quand même. Elle opère.

Vue de l’exposition « Marion Fayolle. Des corps » au Château – Centre d’Art Contemporain et du Patrimoine d’Aubenas
Vue de l'exposition « Marion Fayolle. Des corps », présentée au Château – Centre d'Art Contemporain et du Patrimoine d'Aubenas en 2026-2027 © Blandine Soulage

En bref