Du 23 au 27 septembre 2026, la FORA Gallery installe au 45 rue Vivienne, dans le deuxième arrondissement de Paris, une exposition collective intitulée The Human Thread, qui réunit quatre artistes originaires du Caucase et d’Asie centrale : Guzel Zakir, née en 1985 au Kazakhstan, Huseyn Jalil, né en 2002 en Azerbaïdjan, Serafim Dim, né en 1991 en Ouzbékistan, et, en invitée, Altynai Osmo, née en 1988 au Kirghizistan. Le propos annoncé tient en une phrase : observer comment un savoir culturel se transmet, se déforme et se réinvente par la seule force de la pratique. L’accrochage sera repris quelques jours plus tard à Genève, au 13 Grand-Rue, du 1er au 7 octobre 2026, dans l’espace que la galerie occupe à demeure.
Les œuvres présentées donnent d’emblée le ton d’un ensemble volontairement hétérogène. Altynai Osmo montre une toile sans titre datée de 2026, où l’huile cohabite avec des poils de yak filés à la main, du laiton, des clochettes, du zircon et du lapis-lazuli sur un support de lin, au format modeste de 80 × 65 cm. Serafim Dim présente The Mystery of Magic (2025), acrylique sur toile de 90 × 100 cm. Huseyn Jalil avance sur deux fronts : une céramique à l’émail conçu sur mesure, Polytypes: V-15 (2026), de 38 × 37 × 28 cm, et Peori (2026), pigments persans traditionnels sur papier de coton, 77 × 57 cm. Guzel Zakir, enfin, déploie le plus grand format du lot, Qamchégül Qızlar (2023), huile sur lin de 160 × 160 cm.

Cinq jours à Paris, sept à Genève : une exposition qui circule comme un savoir se transmet
La première chose qui frappe n’est pas dans les salles, mais dans le calendrier. Cinq jours d’ouverture parisienne, sept jours genevois : la durée d’un événement, pas celle d’une exposition de galerie classique, encore moins d’un accrochage institutionnel. On pourrait y voir une contrainte économique — le loyer temporaire d’un espace parisien pendant la semaine chargée de la rentrée — et ce serait sans doute en partie vrai. Mais il y a plus intéressant à en tirer. Une manifestation qui n’existe que quelques jours, puis se remonte ailleurs, reproduit assez exactement le mode de survie dont elle parle : rien de fixe, rien d’archivé, une forme qui se redéploie d’un lieu à l’autre et ne subsiste que parce que quelqu’un se charge de la refaire. Le format épouse le sujet, peut-être sans l’avoir prémédité.

Cette brièveté a toutefois un coût critique. Une exposition de cinq jours ne laisse pas le temps au public de revenir, de comparer, de voir une œuvre changer sous un autre éclairage mental. Elle favorise la visite rapide, la photographie, l’impression générale. Or les pièces réunies ici, notamment celle de Altynai Osmo, demandent précisément l’inverse : une lecture rapprochée, presque tactile, où l’on identifie un à un les matériaux incrustés dans la surface peinte.
Quand le fil quitte le métier à tisser pour entrer dans la peinture

Le titre parle de fil, mais on ne trouve ici presque aucun textile au sens traditionnel. Aucun tapis, aucune broderie encadrée. Le fil est passé du côté de la peinture et de la terre cuite. Chez Osmo, le poil de yak filé à la main ne sert pas à tisser un objet fonctionnel : il devient matière picturale, au même titre que le pigment, adjoint au laiton et au lapis-lazuli. Chez Jalil, les pigments persans appliqués sur papier de coton empruntent à une tradition de l’image savante, tandis que ses Polytypes traduisent en volume céramique une logique de répétition modulaire qui évoque autant l’ornement que la combinatoire mathématique.
C’est là que l’exposition devient réellement stimulante : elle ne traite pas l’artisanat comme un sujet, mais comme une grammaire. La différence est décisive. Beaucoup d’expositions consacrées aux savoir-faire dits traditionnels se contentent d’exposer des objets et de commenter leur valeur patrimoniale ; celle-ci s’intéresse à ce qui reste d’un geste quand on lui retire sa fonction. Un émail formulé spécialement par l’artiste n’est ni une recette ancestrale ni une innovation industrielle : c’est une décision personnelle prise à l’intérieur d’une chaîne de transmission.

Regarder l’Asie centrale sans la transformer en réserve de motifs
Reste le risque, et il faut le nommer. Le marché européen a développé ces dernières années un appétit pour les scènes du Caucase et d’Asie centrale, avec ce que cela suppose d’attentes implicites : matières rares, vocabulaire nomade, coloris minéraux, promesse d’une authenticité que l’Occident aurait perdue. Une liste de matériaux comme celle d’Osmo — yak, clochettes, lapis — peut fonctionner comme œuvre ou comme argument de vente, selon la manière dont on la regarde. L’écart générationnel des artistes réunis, de Guzel Zakir à Huseyn Jalil, qui a une vingtaine d’années, constitue à cet égard le meilleur garde-fou : il empêche de lire l’ensemble comme un bloc culturel homogène et rappelle que ces pratiques sont contemporaines avant d’être régionales. Le titre Qamchégül Qızlar, laissé dans sa langue, va dans le même sens : il refuse la traduction rassurante, et donc l’assimilation trop rapide.
Informations pratiques
- Artistes : Guzel Zakir, Huseyn Jalil, Serafim Dim, Altynai Osmo (artiste invitée)
- Titre de l’exposition : The Human Thread
- Galerie : FORA Gallery
- Ville et adresse : Paris, 45 rue Vivienne, 75002 — dates : 23 au 27 septembre 2026
- Ville et adresse : Genève, 13 Grand-Rue — dates : 1er au 7 octobre 2026







