Moments clés
Une thèse sur trente ans de mise au pas
Le documentaire soutient que les humoristes les plus libres ont été progressivement écartés des antennes françaises.Des évictions emblématiques
Le film revient sur le départ de Guillaume Meurice de France Inter et l'éviction de Thomas VDB de France 2.La chute des Guignols de l'info
Le rachat de Canal+ par le groupe Bolloré via Vivendi entraîne le licenciement de quatre auteurs historiques en 2015, puis la fin du programme en 2018.Un film militant assumé
Sans contradicteurs des chaînes visées, le documentaire est soutenu par des syndicats et associations et diffusé hors du petit écran, dans les salles indépendantes.Un sketch coupé au montage, une chronique qui saute, un contrat qui n’est pas renouvelé : pris un par un, ces épisodes passent pour des aléas de programmation. Mis bout à bout, ils forment le sujet de Fini de rire ! L’humour politique au garde-à-vous ?, documentaire signé Jean-Baptiste Rivoire et réalisé par Matéo Larroque, Clara Menais et Mila Branco, en salles depuis le 23 septembre 2026. En 1 h 37, le film défend une thèse sans détour : en trente ans, les humoristes les plus libres de la télévision et de la radio françaises auraient été, un à un, poussés vers la sortie.
Clés de lecture
Quelle est la thèse défendue par le documentaire « Fini de rire ! » ?
Les humoristes les plus libres ont été peu à peu écartés des antennes.
Quels témoins interviennent dans le film ?
Humoristes, anciens auteurs des Guignols, journalistes et une linguiste.
Pourquoi les Guignols de l'info occupent-ils une place centrale dans le récit ?
Leur déclin illustre les effets du rachat de Canal+ par Bolloré.
Comment le film est-il produit et diffusé ?
Par Off Investigation, distribué en salles indépendantes avec soutiens syndicaux.
Une galerie de témoins
Le dispositif est celui de l’enquête. Face caméra se succèdent une vingtaine d’intervenants : des humoristes (Guillaume Meurice, Thomas VDB, Audrey Vernon, Florence Mendez, Akim Omiri, Djamil le Schlag, Kévin Razy), d’anciens auteurs des Guignols de l’info comme Bruno Gaccio et Lionel Dutemple, l’imitatrice Sandrine Alexi, mais aussi des journalistes et observateurs des médias, parmi lesquels Daniel Schneidermann, Laurent Mauduit, Christophe Nobili ou la linguiste Laélia Véron. Le film fait tenir ensemble leurs récits pour dessiner non pas une censure spectaculaire, mais une série de pressions discrètes : changements de direction, émissions déprogrammées, collaborations écourtées.
Parmi les cas évoqués figurent l’éviction de Guillaume Meurice de France Inter et celle de Thomas VDB, écarté d’une émission de France 2 avant même sa diffusion. Le film prend l’élection de Nicolas Sarkozy comme point de bascule et suit le fil jusqu’aux années Macron, en visant aussi bien l’audiovisuel public que les chaînes privées.
Les Guignols, cœur du récit
La séquence la plus construite remonte aux origines : Canal+ à la fin des années 1980, l’irrévérence des Nuls, puis l’arrivée en 1988 des marionnettes en latex des Guignols de l’info, devenues pendant deux décennies le miroir grinçant de la vie politique. Le documentaire s’attarde ensuite sur la reprise en main de la chaîne par le groupe Bolloré, via Vivendi, et sur le licenciement en 2015 de quatre auteurs historiques de l’émission. Le programme, selon le récit qu’en fait le film, perd alors son mordant avant de disparaître de l’antenne en 2018.
C’est là que le propos touche à une question qui dépasse le seul sort des humoristes : celle de la concentration des médias et de ce qu’elle fait à la satire, genre qui ne vit que de sa liberté de viser le pouvoir, y compris celui des actionnaires.
Un film de combat, assumé comme tel
Produit par Off Investigation, média d’enquête fondé par Jean-Baptiste Rivoire, et distribué par Vrai Vrai Films dans plus d’une centaine de cinémas indépendants, le film ne cherche pas l’équilibre. Il est soutenu par un réseau de partenaires militants et syndicaux, dont la Ligue des droits de l’Homme, Attac, la CGT Spectacle, Solidaires et le Syndicat national des journalistes. La critique de Culturopoing salue une démonstration implacable des mécanismes à l’œuvre, tout en relevant l’absence de contradiction : les directions de chaînes mises en cause n’y ont pas la parole.
Cette réserve dit aussi quelque chose du sujet. Qu’un film sur la disparition de l’humour politique à la télévision doive passer par le réseau des salles indépendantes et des projections-débats plutôt que par le petit écran, c’est peut-être son argument le plus parlant. Reste au spectateur à faire la part entre l’enquête et le plaidoyer, et à mesurer ce que l’on perd quand on ne rit plus des puissants.
En bref
- Titre : Fini de rire ! L’humour politique au garde-à-vous ?
- Un film de : Jean-Baptiste Rivoire
- Réalisation : Matéo Larroque, Clara Menais, Mila Branco
- Montage : Etienne Milliès-Lacroix, Romain Moriconi, Emilie Fortun
- Genre : documentaire, 1 h 37
- Sortie : 23 septembre 2026 (avant-premières les 18 et 19 septembre)
- Production : Off Investigation
- Distribution : Vrai Vrai Films | @vraivraifilms
- Site officiel : finiderire.fr








