Thunderbird de Max Space : le module gonflable qui veut succéder à l'ISS Thunderbird de Max Space : le module gonflable qui veut succéder à l'ISS

Thunderbird de Max Space, un module gonflable pour l’après ISS

À l’approche du retrait de l’ISS, Max Space parie sur des habitats gonflables low cost pour coloniser l’orbite basse.
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Moments clés

Un module gonflable pour l'après ISS

Max Space et OMI conçoivent Thunderbird, un habitat orbital de 350 m³ déployable en orbite, lancé replié dans une coiffe de fusée.

Le textile comme structure porteuse

Le Kevlar multicouche agit comme membrane mise en tension par la pression interne, remplaçant les cylindres rigides traditionnels.

Une géométrie circulaire pour se repérer en apesanteur

La forme en boucle continue permet de s'orienter par le mouvement du corps plutôt que par des repères de plancher et plafond.

De la station-laboratoire à la station-résidence

Thunderbird incarne la privatisation de l'orbite basse avec des espaces de confort pensés pour quatre occupants plutôt qu'un laboratoire scientifique international.

Max Space, jeune société aérospatiale installée en Floride, à proximité du Kennedy Space Center, a confié au studio OMI (Of My Imagination) la mise en forme de Thunderbird, un module d’habitation orbital conçu pour partir replié dans une coiffe de fusée et se déployer une fois en orbite basse. L’objet, encore à l’état de concept visuel, décrit un volume circulaire d’environ 350 mètres cubes pensé pour quatre occupants, organisé en huit zones fonctionnelles : capsules de sommeil individuelles, laboratoires scientifiques, espace de vie commun, salle de sport. Sa peau n’est pas métallique mais textile : un empilement de couches de Kevlar, avec une triple redondance de sécurité censée dépasser les exigences de la NASA en matière de protection contre les micrométéorites. Le lancement est envisagé d’ici la fin de la décennie, à bord d’un Falcon 9 de SpaceX, précédé de campagnes d’essais et de démonstrations.

La société a été cofondée par Saleem Miyan, directeur général, Aaron Kemmer, président, et Maxim de Jong, directeur technique. Elle travaille avec la NASA dans le cadre de Space Act Agreements, ces accords de collaboration technique qui permettent à l’agence de partager son expertise sans financer directement un programme. Le calendrier n’est pas innocent : la Station spatiale internationale arrive au terme de sa vie opérationnelle à la fin de la décennie, et l’agence américaine a fait le choix d’acheter des services à des stations privées plutôt que d’en construire une nouvelle, afin de concentrer ses équipes sur l’exploration lointaine. Thunderbird se présente donc comme un habitat commercial livrable en un seul tir, là où la station actuelle a exigé des années d’assemblage orbital et une noria de lancements.

On ne transporte plus un volume, on transporte une surface pliée

Thunderbird de Max Space, un module gonflable pour l’après ISS

Clés de lecture

Qu'est-ce que Thunderbird, le projet de Max Space ?

Un module d'habitation orbital gonflable de 350 m³ pour quatre occupants

Comment fonctionne la structure textile du module ?

Un empilement de couches de Kevlar mis en tension par la pression interne

Pourquoi la forme circulaire du module est-elle importante ?

Elle permet de s'orienter en microgravité par le mouvement du corps

Quel rôle joue le studio OMI dans ce projet ?

Concevoir un environnement centré sur l'humain avec d'anciens astronautes de la NASA

Le textile redevient un matériau structurel, et cela change tout pour le dessin

Ce qui intéresse le designer dans ce projet n’est pas la promesse d’orbite, c’est le renversement matériel. Depuis soixante ans, l’architecture spatiale est une architecture de cylindres rigides : le diamètre utile d’un module se négocie au centimètre près contre le diamètre d’une coiffe de lanceur. Un module gonflable en tissu balistique déplace la contrainte : on ne transporte plus un volume, on transporte une surface pliée. Le Kevlar multicouche n’y joue pas le rôle d’un revêtement mais celui d’une structure porteuse, mise en tension par la pression interne, exactement comme une membrane de ballon captif. On retrouve là, portée par des exigences de résistance aux impacts hypervéloces, l’intuition des architectures pneumatiques expérimentées dans les années 1960 par la mouvance d’Archigram et ses contemporains : la forme naît d’un équilibre de pressions, pas d’un assemblage de poutres.

Thunderbird de Max Space, un module gonflable pour l’après ISS
Ce projet est signé par les designers Max Space et OMI, crédités conjointement pour la conception présentée

Les conséquences formelles sont immédiates. Pas d’arêtes, pas de coffrage, pas de cette esthétique de tôle rivetée et de câbles apparents qui fait la signature visuelle de l’orbite depuis les années 1970. La géométrie circulaire du module est d’ailleurs revendiquée comme un outil d’orientation : en microgravité, où le haut et le bas n’existent plus, une boucle continue permet de se repérer par le mouvement du corps plutôt que par des repères visuels de plancher et de plafond. C’est une proposition de navigation intérieure, au sens strict du terme — un plan qui ne se lit pas, mais se parcourt.

Quand l’habitat orbital cesse d’être un véhicule pour devenir un intérieur

Thunderbird de Max Space, un module gonflable pour l’après ISS
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OMI a travaillé avec d’anciens astronautes de la NASA pour aborder la station non plus comme un engin spatial purement fonctionnel, mais comme un environnement centré sur l’humain. Le vocabulaire est celui du design d’espace, pas de l’ingénierie : zones, seuils, lieux de retrait, lieu collectif. L’apparition d’une salle de sport et de capsules de sommeil individuelles dans un volume de 350 mètres cubes n’est pas anecdotique ; elle traduit une hiérarchie domestique, avec du privé et du commun, là où les modules existants juxtaposent des postes de travail dans un couloir saturé d’équipements.

Il faut cependant lire ces images pour ce qu’elles sont : une itération conceptuelle, un travail de représentation destiné à rendre désirable une technologie encore en phase d’essais. L’histoire du design spatial est pavée de rendus lumineux et dépouillés que la réalité recouvre ensuite de sacs de rangement, de câbles volants et d’adhésif. La question que pose Thunderbird est donc moins celle du style que celle de la méthode : peut-on faire entrer un designer d’espace dans la boucle de conception d’un objet certifié pour la vie humaine, au même titre qu’un ingénieur structure ?

Thunderbird de Max Space, un module gonflable pour l’après ISS

Un prototype d’imaginaire autant qu’un prototype technique

Max Space présente son module comme une base pour des missions lunaires ou martiennes à venir. Dans l’intervalle, il remplit déjà une fonction : il donne une image à la privatisation de l’orbite basse. En remplaçant le laboratoire international par un habitat commercial en tissu, dessiné pour quatre personnes et doté d’espaces de confort, le projet acte un glissement culturel — de la station-laboratoire à la station-résidence. Le design n’illustre pas ce basculement, il le fabrique.

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En bref

  • Projet : Thunderbird, module d’habitation spatial déployable d’environ 350 mètres cubes pour quatre membres d’équipage, organisé en huit zones fonctionnelles
  • Designer : OMI (Of My Imagination)
  • Marque : Max Space, cofondée par Saleem Miyan, Aaron Kemmer et Maxim de Jong
  • Matériaux : Kevlar multicouche, avec triple redondance de sécurité contre les micrométéorites
  • Lieu : Floride, à proximité du Kennedy Space Center
  • Date : lancement envisagé d’ici la fin de la décennie, à bord d’un Falcon 9 de SpaceX
  • Collaboration : NASA, dans le cadre des Space Act Agreements