Coil + Drift : quand le mobilier se dessine à la lumière rasante Coil + Drift : quand le mobilier se dessine à la lumière rasante

Chez Coil + Drift, le mobilier se dessine à la lumière rasante

Le studio new-yorkais Coil + Drift conçoit des meubles sculpturaux dont les lignes n’existent pleinement que révélées par une lumière oblique.
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Moments clés

Deux collections aux tempéraments opposés

Touch concentre la lumière en faisceau orientable tandis que Strut la diffuse par un halo continu.

Un passé de danseur au service de l'éclairage

John Sorensen-Jolink transpose sa connaissance scénique de la lumière à l'espace domestique.

Les tours de guet comme référence formelle

Strut s'inspire des charpentes de bois des tours de surveillance des incendies des Catskills et des Rocheuses.

Une exposition temporaire à New York

Lookout se tient à la Colony Gallery jusqu'au 21 octobre avec des photographies signées Haley Birt.

Dans une galerie de New York, Colony accueille jusqu’au 21 octobre Lookout, exposition où John Sorensen-Jolink, fondateur du studio Coil + Drift, présente deux familles de luminaires conçues comme deux tempéraments opposés. D’un côté Touch, série de lampes réalisées principalement en laiton ou en acier, dont les abat-jour cylindriques orientables coiffent des tiges fines et sont ponctués d’éléments en bois, pensés pour la main autant que pour l’œil. De l’autre Strut, collection de structures en bois aux détails métalliques discrets, coiffées d’abat-jour allongés en lin. La première concentre, la seconde diffuse. L’une désigne, l’autre enveloppe.

Le détail compte, parce qu’il engage un geste. Les lampes de Touch — lampadaire posé près d’un canapé, lampe de bureau au plateau de bois clair, modèle mural à suspension conique — se manipulent : on pivote le faisceau, on déplace la tache lumineuse, on change l’orientation d’une pièce comme on déplacerait un meuble. Les objets de Strut, eux, ne demandent rien : un lampadaire haut à l’abat-jour conique posté devant une baie vitrée ouverte sur la forêt, des suspensions au-dessus d’une table, une lumière basse, continue, comparable à celle d’une braise. Les deux ensembles ont été développés avec l’équipe d’artisans du studio, installé dans les Catskills, dont la lumière changeante irrigue visiblement les deux propositions. Les images de l’exposition sont signées Haley Birt.

Être dans la flaque de lumière, c'est être en représentation ; en sortir, c'est pouvoir disparaître.
A modular wall-mounted shelving unit with a desk surface sits beside a vertical window and a wooden chair.
Un cliché signé Haley Birt, photographe créditée pour cette image dont elle signe la réalisation

Clés de lecture

Qu'est-ce que l'exposition Lookout présente chez Colony Gallery ?

Deux collections de luminaires de Coil + Drift, Touch et Strut, jusqu'au 21 octobre.

Qui est John Sorensen-Jolink et quelle est sa démarche de designer ?

Un ancien danseur devenu designer qui applique les codes de l'éclairage scénique au mobilier.

Quelle est la différence entre les collections Touch et Strut ?

Touch concentre la lumière en faisceau orientable, Strut la diffuse en lueur enveloppante.

Quelle inspiration a guidé la conception de la collection Strut ?

Les tours de guet forestières des Catskills et des Rocheuses, à l'ossature de bois apparente.

Un ancien danseur qui éclaire les pièces comme on éclaire un plateau

Ce qui distingue cette proposition de la production courante de luminaires d’auteur, c’est sa provenance : John Sorensen-Jolink a d’abord été danseur contemporain avant de devenir designer. Cela ne relève pas de l’anecdote biographique. Un danseur sait physiquement ce que fait un projecteur : il structure l’espace scénique, il crée des zones de présence et des zones d’effacement, il transforme un corps en figure. Le designer le formule sans détour : être dans la flaque de lumière, c’est être en représentation ; en sortir, c’est pouvoir disparaître.

A minimalist pendant light with two cylindrical shades suspended over a wooden table.
Cette photographie est signée Haley Birt, dont le nom figure comme seule mention dans le crédit d'origine

Transposé au domestique, ce principe est plus trouble qu’il n’y paraît. L’intérieur contemporain est déjà saturé de dispositifs de visibilité — écrans, caméras, visioconférences, intérieurs photographiés pour être diffusés. Y réintroduire délibérément le vocabulaire du projecteur, c’est admettre que la maison est devenue un lieu de performance. Touch ne fait pas semblant de l’ignorer ; la série assume l’héritage théâtral, mais le rend réversible. Le faisceau se règle à la main, se détourne, se rabat vers un mur. Là où l’éclairage encastré et les rails imposent une géométrie fixe, décidée une fois pour toutes par l’architecte, ces lampes restituent à l’habitant le contrôle de sa propre mise en scène. On peut s’allumer ; on peut aussi, d’un geste, sortir du champ.

La tour de guet comme modèle de sobriété constructive

A slender metal floor lamp stands next to a leather sofa in a room with a large window and wood flooring.
Cette photographie est signée Haley Birt, créditée comme autrice du cliché, unique information disponible

Strut suit un chemin inverse, et c’est son référent qui intrigue : les tours de guet forestières des Catskills et des Rocheuses, ces charpentes de bois apparentes dressées pour surveiller les incendies. Le transfert est astucieux, parce qu’il importe dans le salon une typologie dont la beauté est entièrement involontaire. Une tour de guet n’a pas été dessinée : elle a été calculée au plus juste, montée avec les moyens du bord, allégée au maximum. Sa grâce vient du vide entre les montants.

C’est exactement ce que Strut met en jeu : le bois travaillé comme ossature, le métal réduit à des jonctions, et le vide laissé comme matériau à part entière. Le contraste avec les abat-jour en lin — matière souple, textile, héritée des lampes anciennes à coiffe de tissu que collectionne le designer — produit une tension réussie entre l’armature et la peau. On tient là une position formelle plus affirmée que le minimalisme bois clair ambiant : ces objets ne cherchent pas la discrétion, ils affichent leur construction.

Adjustable metal desk lamp with a weathered finish and a light wood top, resting on a wooden shelf next to an open notebook.
Photographie réalisée par Haley Birt, à qui revient le crédit de ce cliché, conformément à la légende d'origine

Reste une question que l’exposition pose sans la trancher. Réunir sous un même toit deux régimes lumineux contradictoires — le faisceau qui expose, la lueur qui dissout — revient à poser l’intérieur comme une dramaturgie permanente, avec ses entrées et ses sorties de scène. C’est séduisant, et probablement juste. Mais cela suppose aussi d’accepter que vivre chez soi relève désormais d’un arbitrage entre se montrer et se soustraire. Lookout fournit les instruments de cet arbitrage ; à chacun d’écrire le reste.

En bref

A conical pendant wall lamp with a dark fabric shade mounted above wooden stairs.
Photographie signée Haley Birt, seul crédit mentionné pour cette image dont aucun autre détail n'est précisé
  • Projet : Lookout, exposition des collections Touch et Strut
  • Designer : John Sorensen-Jolink
  • Marque : Coil + Drift
  • Matériaux : laiton, acier, bois, lin
  • Lieu : Colony Gallery
  • Ville : New York
  • Date : jusqu’au 21 octobre
  • Photographies : © Haley Birt