L'ancienne ferme de Chassey-lès-Montbozon transformée en six logements L'ancienne ferme de Chassey-lès-Montbozon transformée en six logements

L’ancienne ferme de Chassey-lès-Montbozon se mue en six logements

Dans ce village de Haute-Saône, un bâtiment agricole délaissé devient habitat collectif : un pari sur la réhabilitation plutôt que l’étalement pavillonnaire.
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Moments clés

Une ferme classée transformée en six logements

Noue Studio reconvertit une ancienne ferme à Montagny en six appartements sans dénaturer le bâti existant.

La structure agricole dicte le découpage des logements

Le rythme de la charpente existante a déterminé l'implantation des séparatifs entre les six appartements.

Matériaux naturels et techniques respectueuses du bâti ancien

Crépi à la chaux, cloisons et planchers en bois massif permettent aux murs de moellons de continuer à respirer.

Le réemploi du bois comme méthode de conception

Le bois déposé pendant les travaux a été réinjecté dans l'ouvrage, imposant une conception basée sur l'inventaire existant.

Dans le canton de Fribourg, à Montagny, Noue Studio a entrepris la métamorphose d’une ancienne ferme — dont le corps d’habitation est classé — en six appartements. L’opération ne relève ni de la restauration muséale ni de la démolition-reconstruction déguisée : elle consiste à loger six foyers dans un volume agricole conçu pour abriter des bêtes, du fourrage et une seule famille paysanne. Murs de moellons, charpente de bois, grandes travées : tout ce qui faisait l’inconfort du bâtiment devient ici la matière première du projet.

Concrètement, le chantier a travaillé avec ce qui tenait debout. Les maçonneries de pierre ont été maintenues, puis isolées par un crépi isolant à la chaux, choix technique qui autorise les parois à continuer d’échanger de l’humidité avec l’air — à rebours des doublages étanches qui, posés sur du moellon, finissent par piéger l’eau dans l’épaisseur du mur. Les cloisons nouvelles sont en bois massif. Les planchers, eux aussi en bois, reçoivent une chape anhydrite, solution sèche qui réduit la quantité de béton engagée dans l’opération. Quant aux dispositifs imposés par la protection incendie — inévitables dès lors qu’un seul volume accueille six logements —, ils ont été absorbés dans l’épaisseur des ouvrages plutôt qu’exhibés.

La valeur d'un bâtiment rural tient à son système constructif et à sa capacité d'accueil, pas à sa silhouette photogénique.
L’ancienne ferme de Chassey-lès-Montbozon se mue en six logements
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Clés de lecture

Comment une ancienne ferme classée a-t-elle été transformée en logements ?

Noue Studio a conservé les maçonneries et la charpente pour créer six appartements

Pourquoi la charpente existante a-t-elle guidé le découpage des appartements ?

La trame des poteaux et portées a déterminé la position des séparatifs entre logements

Quels matériaux ont été privilégiés pour respecter le bâti ancien ?

Crépi à la chaux, bois massif réemployé et chape anhydrite plutôt que béton

Quel enseignement tirer de ce projet pour le patrimoine rural ordinaire ?

La valeur d'un bâtiment rural tient à sa structure, pas à son classement juridique

La trame de la grange a remplacé le plan de l’architecte

C’est le point le plus intéressant du projet, et le moins spectaculaire. Dans la majorité des reconversions de fermes, le bâti ancien sert de décor : on vide l’intérieur, on coule une dalle, on redessine librement, puis on recolle une façade d’époque. Ici, l’inverse s’est produit. La charpente existante, avec son rythme de poteaux et de portées, a fixé l’implantation des séparatifs entre appartements. Le découpage en six n’est pas une donnée programmatique posée a priori, puis négociée avec la structure ; c’est une lecture de la structure qui a rendu six lots possibles.

L’ancienne ferme de Chassey-lès-Montbozon se mue en six logements

Le résultat se lit dans les typologies traversantes, où la lumière entre par deux orientations et où le paysage fribourgeois devient un élément de la pièce. Pour qui connaît le marché du logement périurbain suisse, c’est une petite victoire : la promotion standard produit massivement des appartements mono-orientés, empilés le long d’un couloir central. La profondeur d’une grange, cet encombrant héritage, offre au contraire la possibilité de l’ouverture double. Encore fallait-il la saisir plutôt que de la subdiviser au plus rentable.

Le réemploi n’est pas un supplément d’âme, c’est une contrainte productive

L’ancienne ferme de Chassey-lès-Montbozon se mue en six logements

Le bois déposé pendant les travaux a été réintroduit dans l’ouvrage : parois, planchers, aménagements. On aurait tort d’y voir seulement un geste écologique — même si l’économie de matière est réelle, le transport évité aussi. Réemployer sur place impose une méthode de conception particulière : on dessine après avoir inventorié, on ajuste les dimensions au stock disponible, on accepte que la pièce de bois dicte la cote. C’est l’exact contraire du processus habituel, où le plan commande la commande.

Cette contrainte a une vertu secondaire, rarement soulignée : elle maintient dans le bâtiment une continuité matérielle. Le bois d’une ferme a vieilli dans un climat donné, il a séché, travaillé, pris sa teinte. Le réintroduire, c’est éviter la rupture visuelle brutale entre une enveloppe centenaire et un intérieur sorti du catalogue. La palette retenue pour les ajouts — bois, chaux, maçonnerie cellulaire — prolonge la même logique de compatibilité avec l’existant : des matériaux peu transformés, réparables, qui ne condamnent pas le bâtiment à une seconde intervention lourde dans vingt ans.

L’ancienne ferme de Chassey-lès-Montbozon se mue en six logements

Ce que ce type d’opération dit du patrimoine ordinaire

Le classement portait sur l’habitation ; le reste du corps de ferme relève de ce qu’on appelle le patrimoine ordinaire, celui qui ne figure dans aucun guide et disparaît par milliers, remplacé par des villas mitoyennes. Le projet de Montagny suggère qu’une protection juridique n’est pas la seule garantie de survie : la valeur d’un bâtiment rural tient à son système constructif et à sa capacité d’accueil, pas à sa silhouette photogénique.

L’ancienne ferme de Chassey-lès-Montbozon se mue en six logements

Reste une question que ces opérations posent sans la résoudre : la densification douce du tissu rural suisse, dont elles sont l’exemple vertueux, dépend d’une maîtrise d’ouvrage prête à accepter des délais, des aléas de chantier et des arbitrages techniques peu lisibles sur une plaquette commerciale. L’architecture de la modestie coûte souvent plus d’attention qu’elle n’économise d’argent. C’est précisément ce qui la rend difficile à généraliser — et nécessaire à documenter.

En bref

  • Projet : transformation d’une ancienne ferme, incluant une habitation classée
  • Architecture : Noue Studio
  • Programme : six appartements
  • Ville : Montagny (Fribourg)
  • Pays : Suisse