Moments clés
Un auditorium dédié à la musique de chambre
Aline Foriel-Destezet a fait construire La Source Vive, salle de 500 places conçue par Patrick Bouchain et Philippe Chiambaretta.Une architecture en 'oignon' pensée pour l'acoustique
Le bâtiment superpose un socle béton, une coque acoustique en plâtre et une seconde coque en bois recouverte de cuivre.La simulation numérique comme outil de conception
Un modèle numérique a permis de tester temps de réverbération et clarté sonore avant même la construction réelle.Un oculus et un jardin densifié autour de la salle
Une ouverture zénithale laisse entrer la lumière naturelle tandis qu'un sous-bois de plus de 150 arbres a été replanté avec Coloco.Aline Foriel-Destezet voulait une salle uniquement vouée à la musique : elle l’a obtenue sur les hauteurs du lac Léman, à Évian, sous la forme de La Source Vive, auditorium de musique de chambre de 500 places conçu à quatre mains par Patrick Bouchain et Philippe Chiambaretta, dont l’agence PCA-STREAM a piloté le développement technique depuis 2021, avec le partenariat d’Évian Resort. Le bâtiment s’enfonce en partie dans la pente d’un sous-bois préservé, à quelques pas de La Grange au Lac, cette salle de pin et de cèdre rouge que Bouchain y avait élevée en 1993. Les deux édifices forment désormais un ensemble baptisé Les Mélèzes. Extérieurement, la nouvelle venue se signale par une couverture de cuivre prépatiné ; à l’intérieur, la salle est une conque de plâtre brut mouluré, bois de hêtre rose et fauteuils de cuir dessinés spécialement pour elle.
Il faut imaginer l’objet comme un oignon, selon la logique d’emboîtement retenue par les concepteurs. Un socle de béton porte la scène et les gradins. Au-dessus s’élève une coque acoustique en béton, isolée, dont la face intérieure reçoit le plâtre. Cette première peau est séparée, par un vide technique et thermique, d’une seconde coque en structure bois qui supporte l’isolant, les voliges, puis le cuivre. Le plan est ovale, la coupe conique, la géométrie converge vers un sommet asymétrique : onze mètres cubes d’air par auditeur, chiffre qui, pour les acousticiens, vaut presque comme un accord de départ. L’acousticien Albert Xu, déjà présent à La Grange au Lac, a accompagné les itérations, aux côtés du bureau d’études Meta. Chez PCA-STREAM, Salomé Rigal a mené le projet, avec l’architecte associé Sébastien Truchot.

Clés de lecture
Qu'est-ce que La Source Vive à Évian ?
Un auditorium de musique de chambre de 500 places conçu par Bouchain et Chiambaretta.
Comment l'acoustique de la salle a-t-elle été conçue ?
Grâce à un jumeau numérique testant réverbération et clarté avant construction.
Quel lien existe avec La Grange au Lac ?
Les deux salles voisines forment l'ensemble Les Mélèzes, conçu par le même architecte.
Qui finance ce nouvel équipement musical ?
Un mécénat privé porté par Aline Foriel-Destezet en partenariat avec Évian Resort.
Deux manières d’exercer le métier, réunies sous la même coque
L’intérêt de ce chantier tient moins à sa silhouette qu’à la friction féconde entre deux cultures professionnelles. Bouchain est l’homme du chantier comme atelier, du dessin qui se décide sur place, de la confiance faite aux compagnons ; Chiambaretta vient de l’analyse, des données, de la performance mesurée. On aurait pu craindre une juxtaposition polie. C’est l’inverse qui s’est produit : la partie la plus « artisanale » du projet — un plâtre modelé, des menuiseries sur mesure, des courbes ajustées à la main — est aussi la plus dépendante du calcul, puisque chaque modelé participe à la diffusion du son. Le savoir-faire n’illustre pas la science, il l’exécute.

Ce croisement éclaire par contraste ce qu’était La Grange au Lac : un édifice léger, tout en bois, posé sur le terrain avec une franchise presque foraine, pensé pour la saison estivale. La Source Vive assume l’inverse : minérale, enterrée, lourde, faite pour jouer et enregistrer toute l’année. Deux réponses au même site, à trois décennies d’écart, par le même architecte — rares sont les occasions de lire ainsi, sur un seul lieu, l’évolution d’une doctrine.
Le jumeau numérique a écouté la salle avant les musiciens

C’est le point qui devrait retenir l’attention de quiconque s’intéresse aux outils numériques appliqués à la matière. Un modèle numérique du bâtiment a été enrichi tout au long des études, permettant de tester, puis de vérifier étape par étape, des grandeurs concrètes : temps de réverbération, clarté, efficacité latérale. Autrement dit, la salle a été entendue par le calcul avant d’être entendue par une oreille humaine. On mesure le déplacement : l’acoustique de concert a longtemps reposé sur l’empirisme, la copie de modèles éprouvés et la correction après ouverture. Ici, la simulation devient un instrument de projet — non un argument de communication.
Reste que la performance n’a d’intérêt que si elle se double d’une intelligence d’usage. Le raccordement au réseau de chaleur urbain et la mutualisation des équipements de rafraîchissement avec la salle voisine relèvent de cette économie discrète : on ne construit pas un second système, on branche le nouveau sur l’ancien.

Un oculus, quelques centaines d’arbres, et une question de modèle
Le geste le plus inattendu est une ouverture zénithale. Un oculus perce la coque et laisse entrer la lumière du jour dans un type de salle que le XXe siècle avait largement condamné à l’obscurité. C’est un pari acoustique, mais surtout une prise de position : le concert n’est pas une parenthèse hors du monde, il garde un lien avec l’heure, le ciel, la saison. Le paysage prolonge cette intention, avec un sous-bois densifié de plus de 150 arbres et 200 arbustes, dans un projet mené avec Coloco.

Il faut dire aussi ce que cet ensemble révèle du financement de la culture. Évian doit sa vie musicale à une chaîne d’initiatives privées : un festival fondé en 1976 par Antoine Riboud, une direction artistique confiée en 1985 à Mstislav Rostropovitch, des Rencontres Musicales d’Évian devenues incontournables jusqu’au départ du violoncelliste en 2000, une renaissance en 2014 grâce à Laurent Sacchi, puis l’engagement d’une mécène séduite par le lieu en 2017. Bouchain en est aujourd’hui directeur artistique avec Renaud Capuçon. Modèle efficace, mais fragile par nature : la qualité d’un tel équipement se juge sur ce qu’il rendra accessible, et à qui, une fois passée l’émotion des premiers concerts.
En bref
- Projet : La Source Vive, ensemble Les Mélèzes (avec La Grange au Lac)
- Architecture : Patrick Bouchain et Philippe Chiambaretta (PCA-STREAM)
- Commande : Aline Foriel-Destezet, en partenariat avec Évian Resort
- Programme / usage : auditorium de musique de chambre de 500 places
- Acoustique : Albert Xu
- Paysage : Coloco
- Ville : Évian
- Pays : France
- Photographies : Salem Mostefaoui








