Ghost : quand le bois se fait pixel et l’aluminium se prend pour un écran

Tina BARNEY tisse des liens au jeu de Paume

Il y a des objets qui refusent de choisir leur époque. La collection Ghost appartient clairement à cette famille : d’un côté une coque d’aluminium poli, continue, sans la moindre aspérité ; de l’autre des blocs de bois massif empilés comme les carrés d’une image agrandie à l’excès. Haute et basse résolution se partagent le même meuble, et aucune des deux ne cherche à masquer l’autre.

Une inversion des rôles

Le réflexe habituel voudrait que le métal renvoie à l’industrie et le bois à la main de l’artisan. Ici, c’est exactement l’inverse. La surface métallique endosse le rôle du rendu numérique impeccable, celui du fichier 3D parfaitement lissé, pendant que le bois assume la rugosité du pixel, cette brique élémentaire dont toute image est faite. Le résultat évoque un volume saisi en plein chargement, à moitié affiché, à moitié en attente.

Quatre mains, deux cultures

Le projet est né d’une rencontre entre deux trajectoires. Alberto Essesi, designer mexicain installé à Los Angeles, signe les volumes d’aluminium : des courbes sculptées, sans jointure apparente, héritées de son passage par le studio de design de Tesla, où le culte de la surface parfaite tient de la religion. Ceren Arslan, basée à New York et à l’origine de la démarche Pixel Theory au sein du studio EXIT, vient quant à elle du design d’espaces numériques et s’emploie depuis à faire atterrir le pixel dans le mobilier. À l’endroit précis où leurs deux vocabulaires se touchent, la matière semble changer d’état.

Une idée qui se comprend en une seconde

La force de Ghost tient à sa lisibilité immédiate. Aucune notice n’est nécessaire : le concept se saisit d’un seul regard, ce qui explique la facilité avec laquelle ce genre de pièce voyage sur les réseaux. C’est aussi ce qui en fait un formidable outil de scénographie, capable de structurer un point de vente ou un stand événementiel et de laisser une empreinte durable sans avoir besoin du moindre discours.

Deux façons d’habiter le pixel

La démarche prend tout son sens quand on la compare à celle d’autres marques. À l’occasion de la sortie du film Minecraft, IKEA avait décliné ses classiques, du fauteuil STRANDMON à la commode MALM, en versions pixelisées strictement virtuelles, affichées à des prix en émeraudes. D’un côté un pixel qui reste prisonnier de l’écran, de l’autre un pixel que l’on peut poser dans son salon et toucher du doigt.